Gravures

L’œuvre est le souvenir, la trace imprimée sur sa peau son témoin.

Une peau de papier, fragile architecture de cette mémoire éruptive, froissable et portant la déchirure dans sa trame ; une peau de feutre, cocon douillet et rassurant, protégeant les parcours sinueux des courants sanguins et cognitifs, dans ses fibres ; une peau de chambre à air, matériau brut, apologie du bruit et du chaos des sociétés industrialisées, celui par qui est venue la cassure, écrasant la fragilité de la chair jusqu’à s’imprimer de son éphémère tissage.

La gouge creuse les sillons, entrelacs de matières cérébrales ou charnelles, chemins qui se rencontrent ou ne se croiseront jamais, gravant le lit d’une rivière, passant du chuchotement au cri, de la blessure à la douleur, de l’énergie au feu.

Mnésique ou amnésique, l’œuvre est le prolongement du corps et de tout ce qu’il contient, une cicatrice qui ne s’efface pas.

 

 

Jean-Paul MOREIRA